Le projet Ani Villa fonctionne avec la Ani Art Academy adjointe au programme. Les deux projets sont intrinsèquement liés à la topographie des lieux et au paysage. La forte déclivité nous a poussé à trouver, pour chaque chambre ou pavillon, une manière de s’inscrire dans le site. Creusé, posé, suspendu, les possibilités étaient vastes. Ainsi les murs de soutènements, construits en pierre brun foncé modèlent le terrain et deviennent les plateformes sur lesquelles sont posés les pavillons avec leurs grandes toitures à débord. Le choix d’une architecture de ‘clusters’ a encore renforcé ce lien entre bâti et paysage. Chaque fonction – chambre, salon, gym, spa…- est rendue indépendante et les liaisons entre celles-ci – cheminements, escaliers, rampes – sont extérieures. Ce tissage complexe de l’intérieur et de l’extérieur, de la topographie et de l’architecture, du végétal et du construit, créé une identité propre et une expérience du lieu riche de sens.

Ces choix nous ont aussi menés à utiliser les codes d’une architecture tropicale et à les réinterpréter dans un langage contemporain. Les différents pavillons qui composent la villa sont conçus en ossature bois. Les toitures en bardeaux de bois gris-argent émergent dans le paysage. Leurs larges débords prolongent les espaces de vie vers les terrasses, cadrent les vues et protègent les façades. Celles-ci sont dessinées dans un rythme rigoureux de panneaux, volets à persiennes et baies vitrées qui se succèdent. Les espaces s’ouvrent ainsi vers l’extérieur, renforçant le contact avec la nature. Les espaces communs sont semi-fermés par des volets ajourés, sans climatisation et ventilés naturellement.

Ce travail est prolongé à l’extérieur, où les terrasses sont conçues comme des espaces de vie. Ils sont organisés pour inciter à ‘vivre dehors’ avec de larges pergolas protectrices, des salons et ‘sala’ (pavillon de relaxation asiatique). Les piscines sont dessinées avec des plages, des assises dans l’eau, des lits de repos et des parties ombragées. L’eau est toujours présente dans le paysage. Les bassins d’eau structurent les espaces, dessinent les cheminements. Les fontaines verticales, construites de tuiles de récupération, marquent l’entrée et l’arrivée. Nous avons également conçu les intérieurs pour lesquels nous avons appliqué la même idée : créer une émotion forte du lieu et utiliser les ressources locales.

Nous avons ainsi créé notre propre mobilier et la plupart des meubles à Ani Villa ont été dessinés pour le projet. La « chaise Lanka » est probablement la pièce la plus identifiable. Pour ce qui n’était pas dessiné, nous avons recherché localement des meubles, objets anciens ou antiquités. C’est ce qui donne une dimension unique au lieu. Cela nous aussi permis d’utiliser les mêmes matériaux pour les éléments intérieurs que pour l’architecture, créant une harmonie parfaite des matières. Elles sont simples et naturelles, dans les teintes de bruns, gris et beige, avec des textures fortes, pierre brute, du granit flammé, et du terrazzo. Une autre contrainte importante du projet est qu’il a été dessiné pour un propriétaire en chaise. Nous devions assurer une accessibilité complète et invisible aux personnes valides, à tous les bâtiments ainsi qu’aux espaces paysagers. La difficulté était liée au site, sa déclivité et l’éclatement des programmes sur 4,5 hectares. Nous devions donc plus penser à l’accessibilité comme une réponse technique mais comme une volonté architecturale pour que l’expérience du lieu soit la même pour chacun.

Le projet Ani Villas Dikwella est un peu à part. Il est à la fois Villa et boutique-hôtel. Mais il est aussi caritatif puisqu’il comporte une école d’art, Ani Art Academy (ONG), qui est adjointe au programme. Située sur un terrain proche de la villa, son fonctionnement est indépendant et son financement est assuré par les revenus de la Villa. C’est une programmation particulière voulue par le client et propriétaire, qui souhaitait que ses projets à travers le monde puissent bénéficier à la population locale, ce qui permet à une vingtaine d’étudiants sur trois années d’études d’être entièrement pris en charge. Aujourd’hui, quatre Villas et ‘Academies’ sont ouvertes, ou en travaux, avec l’ambition d’en réaliser une quinzaine à travers le monde. Le travail que nous avons réalisé sur ces deux projets en un, Villa et Academy, est intrinsèquement lié à la topographie des lieux et, par extension, au paysage.

La conception ne s’arrête pas aux bâtiments mais s’étend aux terrasses, jardins et cheminements pour créer un ensemble où la frontière entre le bâti et le paysage s’estompe. Le paysage est pensé comme un prolongement du projet architectural. Ainsi les murs de soutènement, construits en pierre brun foncé modèlent le terrain et deviennent les plateformes sur lesquelles les pavillons en ossature bois, avec leurs grandes toitures à débord, sont posés. L’école est organisée en trois ateliers de dessins agencés en longueur selon le modèle d’enseignement de l’artiste Anthony Waichulis. Utilisant la déclivité naturelle du terrain, les ateliers sont parallèles aux pentes, avec des coursives qui longent les façades. Les toits sont de simples rectangles de tuiles d’argile soutenus, le long des coursives par un alignement de colonnes en V. Au centre, un espace ouvert distribue les ateliers et les espaces communs : espace pour les repas, cuisine, espace de rencontre…

Villas hôtelières / Ani Villas : 3 500 m²
École d’Art / Ani Art Academy : 665 m²

Dikwella, côte sud du Sri Lanka

Crédit photos : Mikaël Benard

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